10.1. Diététique conseillée aux sujets souffrant de maladies digestives
10.1.1. Principes généraux de la diététique des affections de lappareil digestif
Au cours des 20 dernières années, la diététique des affections de lappareil digestif sest profondément modifiée. Il paraît maintenant souhaitable que soient prescrits seulement les régimes dont le bénéfice est établi sur des faits démontrés.
10.1.2. Conseils aux gastrectomisés et prise en charge spécialisée des sujets ayant une maladie cliaque et un grêle court chirurgical
Un régime fragmenté est préconisé aux gastrectomisés. Après vagotomie tronculaire, la constatation ou la crainte dun bézoard fait prescrire un régime pauvre en crudités. Chez les sujets ayant une maladie cliaque ou un grêle court, la diététique a un rôle déterminant, impliquant la prise en charge temporaire ou prolongée de ces patients par une équipe spécialisée.
10.1.3. Conseils aux sujets atteints daffections coliques
La colopathie fonctionnelle ne relève daucun régime. Un régime est à tort encore trop souvent prescrit et trop bien suivi. Dans les colites organiques (RCH, maladie de Crohn) un régime pauvre en résidus est conseillé chez les patients ayant des symptômes intestinaux en poussée, surtout lors de diarrhée. En dehors des poussées, le régime peut être normal.
10.1.4. Cirrhoses non compliquées
Au cours des cirrhoses non compliquées, il nexiste aucun régime en dehors de la suppression complète et définitive des boissons alcoolisées (voir 6.8.).
10.1.5. Cirrhoses avec ascite : équilibre à rechercher entre sapidité des aliments et dénutrition, entre apports autorisés de sel et prescription de diurétiques
Au cours des cirrhoses compliquées par une ascite, un régime désodé est conseillé par la plupart des auteurs. Ce régime ne doit pas aggraver la dénutrition par la réduction des apports alimentaires.
10.1.6. Régime des encéphalopathies hépatiques
En cas dencéphalopathie hépatique, un régime pauvre en protéines (20 à 30 g/j) peut savérer indispensable si le malade a un appétit suffisant pour que ce régime soit utilement recommandé. Lanorexie est telle que cest rarement le cas.
10.2. Habitudes diététiques et maladies digestives
10.2.1. Habitudes diététiques à lorigine de maladies de lappareil digestif
Au cours des deux derniers siècles, lalimentation des Français sest profondément modifiée. La ration calorique, la consommation de glucides dabsorption rapide, de protéines et de graisses ont augmenté alors que la consommation de glucides dabsorption lente et de fibres alimentaires a diminué.
Parallèlement, lincidence de certaines maladies digestives sest modifiée : augmentation de fréquence de la constipation et des diverticules du côlon, des cancers du côlon, du rectum et du pancréas, de la lithiase biliaire et, inversement, diminution de lincidence du cancer gastrique.
10.2.2. Conséquences cliniques de ces connaissances
Il nexiste pas de relation directe certaine, chez un individu donné, entre les habitudes alimentaires personnelles et familiales et lapparition de telle ou telle affection digestive.
10.3. Fibres alimentaires et appareil digestif
10.3.1. Définition des fibres alimentaires
Les fibres alimentaires sont composées de longues molécules linéaires ou ramifiées, indigestibles par les enzymes du tube digestif de lhomme.
Ces molécules, structurales des parois végétales, sont toutes des polysaccharides sauf la lignine.
Les chimistes classent les fibres alimentaires en trois catégories : la cellulose, les polysaccharides non cellulosiques et la lignine.
La cellulose, définie par son insolubilité, est un polymère linéaire de D-glucose par les liaisons bêta-1-4 (lamidon qui est hydrolysable par lamylase possède des liaisons alpha-1-4).
Les polysaccharides non cellulosiques sont constitués par :
lhémicellulose : les résidus constitutifs peuvent être uniques (xylans ou mannans composés seulement de xylose ou de mannose) et linéaires ou hautement branchés et comportant plusieurs sucres (arabinogalactan) ;
la pectine : polymère dacide galacturonique (pomme, peau dagrumes) ;
les gommes et mucilages provenant de végétaux terrestres (karaya) ou marins (agar des algues consommé par les Japonais ou utilisé en médecine).
La lignine nest pas un polysaccharide, cest un polymère dun résidu aromatique, le phénylpropane.
Malheureusement, le dosage sérieux des fibres alimentaires est long et complexe (méthode de Southgate) et beaucoup trop de " tables alimentaires " soit ne les mentionnent pas, soit se réfèrent à des méthodes anciennes dévaluation par solubilité, négligeant une grande quantité de fibres solubles comme la pectine et la majorité des hémicelluloses, celles-ci étant solubles. Les fibres non solubles sont dénommées dans les tables ou sur les étiquettes fibres brutes, résidus, ou cellulose.
10.3.2. Propriétés physiologiques des fibres alimentaires chez lhomme
Il y a plusieurs catégories de fibres alimentaires, qui différent notamment par leur pouvoir hygroscopique et leur fermentabilité, ce qui explique, en partie, les résultats non concordants détudes contrôlées (voir 4.4.).
10.3.3. Expliquer laugmentation de volume du bol fécal
Leur pouvoir hygroscopique est à la base de laugmentation du volume fécal dont il diminue la consistance.
10.3.4. Indications dun régime riche en fibres alimentaires
Cest un régime qui apporte plus de 15 ou 20 grammes de fibres par jour.
10.3.5. Le régime pauvre en fibres alimentaires
Le régime pauvre en fibres alimentaires contient moins de 10 g/j de fibres alimentaires. Il réduit le poids des selles à moins de 50 g/j. Ce régime est peu sapide et monotone.
Les indications indiscutées du régime pauvre en résidus sont :
les colites organiques (RCH, maladie de Crohn) en poussée, dans le but de réduire la diarrhée et les douleurs abdominales ;
les sténoses non opérables du tube digestif à tous ses niveaux, de lsophage au canal anal ;
les diminutions du péristaltisme pouvant favoriser un bézoard (vagotomie, gastroplégie du diabétique.).
Les spécialistes de lappareil digestif se sont, pour la plupart, intéressés essentiellement aux conséquences de la consommation exagérée dalcool, sans se préoccuper suffisamment de la maladie causale. Les items qui suivent auront trait à quelques notions sur la " maladie alcoolique ", la conduite à tenir face à ce problème, les conséquences de lalcoolisation chronique sur les principaux organes de lappareil digestif.
10.4.1. Notions sur la maladie alcoolique
10.4.1.1. Consommateurs à risque
Dans la population française de plus de 16 ans, 10 % des femmes et 20 % des hommes consomment 50 % de la quantité dalcool vendue. Ce sont des consommateurs à risque.
Ils peuvent être aussi définis comme des hommes déclarant une consommation régulière supérieure à quatre " verres " par jour et supérieure à deux " verres " par jour pour les femmes.
10.4.1.2. Consommateurs excessifs
On considère comme consommateurs excessifs, quelle que soit la quantité dalcool prise, toutes les personnes dont la consommation entraîne des conséquences sur leur santé (physique, psychologique, sociale).
30 % des lits dhôpitaux généraux sont occupés par des personnes ayant une consommation dalcool excessive.
Parmi elles, le tiers est alcoolodépendant.
10.4.1.3. Sujets alcoolodépendants
On admet le chiffre de 1 500 000 personnes alcoolodépendantes en France (une personne sur sept est en contact avec un sujet alcoolodépendant en France). 80 % des sujets alcoolodépendants sont intégrés dans leur vie socioprofessionnelle.
On distingue schématiquement :
une alcoolodépendance secondaire, survenant sur un terrain psychiatrique (la maladie psychiatrique est décelée avant la perte de contrôle de lalcoolisation) ;
une alcoolodépendance primaire : la plus fréquente en France. Elle se subdivise en deux groupes :
lun dévolution lente, de révélation tardive (après 45 ans), avec un environnement social longtemps conservé ;
lautre dévolution rapide, de révélation précoce (25 à 30 ans), avec des manifestations bruyantes.
10.4.1.4. Diagnostic dalcoolodépendance
Il peut être aidé par des auto-questionnaires systématiques, dont les plus usuels sont les questionnaires MAST dans sa forme abrégée et CAGE ou DETA.
On peut admettre quune personne est alcoolodépendante quand sa consommation dalcool est caractérisée par lassociation des trois items suivantes :
- conséquences de cette consommation sur sa santé physique, psychologique et sociale ;
- diminution de la tolérance ;
- syndrome de sevrage.
Les critères du syndrome de dépendance :
1) besoin ou désir compulsif puissant de boire (craving) ;
2) altération de la capacité de contrôler les consommations ;
3) consommation de la substance pour supprimer les symptômes de sevrage ;
4) syndrome physiologique de sevrage ;
5) tolérance (nécessité daugmenter les doses pour obtenir des effets produits au début par des doses faibles).
Schématiquement, la différence entre un consommateur à risque et un alcoolodépendant est la perte de la maîtrise de lalcoolisation. Un alcoolodépendant boit ou ne boit pas, mais ne peut boire " un peu ". Le consommateur à risque peut limiter et contrôler sa consommation.
10.4.2. Conduite à tenir
10.4.2.1. Prise de conscience
La première étape est de faire prendre conscience au patient de son rapport à lalcool et de la façon dont il lutilise. Cette approche passe par un dialogue en confiance.
La consommation dalcool doit être précisée, au même titre que les autres facteurs de risque (tabac, café, médicaments).
Elle est en général évaluée en grammes dalcool par jour. En France, la consommation (dose du commerce) servie dans les débits de boissons contient 10 grammes dalcool environ par verre, quelle que soit la nature du produit (bière, pastis, vin, whisky).
La consommation quotidienne en grammes par jour permet dévaluer lalcoolisation chronique. Selon les études de consommation, il existe une bonne corrélation entre la quantité dalcool ingérée déclarée par le patient et la quantité dalcool effectivement consommée. Lalcoolémie est le paramètre quil faut évaluer en cas dalcoolisation aiguë.
Lalcoolémie, exprimée en g/l, est approximativement égale à la quantité dalcool ingérée en grammes, divisée par le poids corporel de lindividu multiplié par 0,6 pour la femme, et par 0,7 pour lhomme.
10.4.2.2. Indicateurs biologiques usuels
La clinique doit lemporter sur les indicateurs biologiques de consommation. Les marqueurs biologiques (GGT, macrocytose) sont utiles pour conforter un diagnostic, justifier une nouvelle consultation, étayer un diagnostic dabstinence.
Le dosage de la carbohydrate déficient transferrine (CDT) a une meilleure spécificité que les GGT, elle est particulièrement utile pour dépister une alcoolisation excessive avant quil ny ait des altérations hépatiques ; il sagit cependant dun dosage coûteux.
10.4.2.3. Diagnostic clinique
Une fois la consommation excessive constatée, le patient peut être classé soit parmi les consommateurs excessifs, soit parmi les sujets alcoolodépendants et dans un sous-groupe (voir plus haut).
Le consommateur excessif qui ne présente pas de phénomène de dépendance pourra, après un temps de sevrage, envisager une consommation contrôlée dans des conditions bien évaluées.
Les sujets alcoolodépendants, pour qui labstinence est nécessaire, ont tendance à nier cette dépendance et à privilégier une affection psychique (anxiété, dépression), des troubles du sommeil ou des affections somatiques.
Ils demandent à être guéris de leurs symptômes pour pouvoir sarrêter de boire, alors que la proposition thérapeutique doit être linverse.
Dans certains cas, le diagnostic dalcoolisme est mis en avant plutôt que celui dune authentique maladie mentale grave, limitant langoisse générée par le diagnostic psychiatrique.
Ce dernier type dalcoolodépendance nécessite une prise en charge plus importante, qui ne peut se faire que dans le cadre du secteur psychiatrique.
10.4.2.4. Dépendance physique
Une des premières conséquences de lalcoolisme est la dépendance physique, qui se manifeste par un syndrome de sevrage.
Le syndrome de sevrage est classé en trois stades.
Stade 1 : sueurs nocturnes et matinales, discret tremblement, nausées, augmentation matinale de lanxiété et de lagitation.
Stade 2 : augmentation des signes du stade 1, troubles neurovégétatifs (tachycardie, transpiration, élévation de la tension artérielle), troubles digestifs (nausées, diarrhée, vomissements), manifestations psychologiques (anxiété et agitation sans trouble de la conscience).
Stade 3 : delirium, diminution de la capacité à maintenir lattention vers des stimulations externes, désorganisation de la pensée (propos inappropriés, incohérents) et au moins deux des manifestations suivantes : obnubilation de la conscience, anomalies de la perception, perturbations du rythme veille-sommeil, désorientation temporo-spatiale.
10.4.2.5. Sevrage à domicile
Dans la majorité des cas, un sevrage est réalisable à domicile. Il doit comporter une réhydratation per os (jus de fruits, bouillon salé, café ou autres boissons chaudes sucrées).
La quantité deau prescrite devra être modulée en fonction de la consommation habituelle de liquide par le patient. En effet, si la plupart des alcooliques boivent plusieurs litres par jour, dautres consomment beaucoup moins de liquides (buveurs dalcool fort). La mesure de la diurèse peut aider à préciser les apports minimaux indispensables.
La préparation et la mise en confiance restent les facteurs essentiels de lanxiolyse. Les benzodiazépines de demi-vie intermédiaire doivent être utilisés. Les tranquillisants, comme le méprobamate ou le tétrabamate, sont des alternatives intéressantes.
10.4.2.6. Sevrage en milieu hospitalier
Une hospitalisation pour sevrage est justifiée en cas dantécédents de crise convulsive généralisée ou de delirium tremens, dantécédents de tentative de suicide, déchec dun sevrage en ambulatoire, disolement social ou denvironnement nocif.
En cas détat confusionnel lors du sevrage, il faut savoir évoquer un hématome intracrânien, une méningite aiguë, une hypoglycémie, une hyponatrémie sévère (réhydratation mal conduite), un surdosage médicamenteux avant de penser aux encéphalopathies alcooliques. Se méfier de la prise de bêta-bloquants qui atténue la symptomatologie bêta-ergique lors du sevrage, des benzodiazépines qui peuvent retarder la symptomatologie du sevrage.
10.4.2.7. Réseaux de soins
Compte tenu des difficultés rencontrées pour la prise en charge de ces patients, il est nécessaire de connaître les réseaux de soins : centres dalcoologie ambulatoires ou dhospitalisations, centres psychiatriques spécialisés, services hospitaliers spécialisés de moyen (cure) et long (postcure) séjour, centres dhygiène alimentaire et dalcoologie (CHAA), mouvements danciens buveurs.
Il faut prendre en compte lentourage familial et sappuyer, autant que faire se peut, sur un réseau dintervenants sociaux.
Les sujets alcoolodépendants forment un groupe hétérogène, pour lequel il nexiste pas encore de prise en charge standardisée. On ne peut donc, selon le sous-groupe auquel ils appartiennent, proposer tel ou tel type de traitement.
La prise en charge des malades alcoolodépendants, quel que soit le type de prise en charge, permet dobtenir 40 % au moins damélioration clinique à 1 an.
La meilleure compréhension des phénomènes neurobiologiques qui se produisent au cours de lalcoolisation chronique et aiguë a permis le développement de nouveaux traitements dits " addictolytiques ", qui agissent sur les conséquences neurobiologiques de cette alcoolisation et sur le craving (pulsion à boire).
10.4.3. Conséquences sur les principaux organes de lappareil digestif
10.4.3.1. Hémorragies digestives
Les hémorragies digestives dorigine haute sont fréquentes chez lalcoolique.
En dehors de lhypertension portale, les principales lésions hémorragiques sont le syndrome de Mallory-Weiss et la gastrite érosive aiguë. Cette dernière se produit surtout en cas dassociation alcool-AINS.
10.4.3.2. Cancers ORL
Le risque de cancers ORL est élevé en cas dassociation tabagisme-alcoolisation chronique qui ont un effet synergique.
10.4.3.3. Estomac et sophage
Lalcoolisation aiguë ou chronique peut entraîner des érosions multiples, se traduisant cliniquement par des douleurs épigastriques pouvant être violentes, et parfois des hémorragies dues à des érosions gastriques ou à un syndrome de Mallory-Weiss.
Le pyrosis, les régurgitations et lsophagite sont fréquemment associés à une consommation excessive dalcool.
Il est improbable que lalcoolisation chronique soit un facteur de risque pour le cancer gastrique.
10.4.3.4. Intestin
Lalcool agit sur la motricité, labsorption et les sécrétions de lintestin grêle et du côlon. La diarrhée est rapportée chez 10 à 50 % des malades. Leurs plaintes peuvent être confondues avec un colopathie fonctionnelle.
10.4.3.5. Foie
Lalcool provoque des lésions hépatiques : stéatose, hépatite alcoolique, cirrhose. Le risque augmente avec la quantité quotidienne et la durée de la consommation, les femmes étant plus exposées que les hommes.
Le risque apparaît à partir de 20 g/j dalcool par jour chez la femme et 40 g/j chez lhomme, pris pendant plusieurs années.
Une augmentation isolée de la concentration plasmatique de la GGT nest pas le témoin dune atteinte hépatique. Quelles que soient les lésions hépatocellulaires, une abstinence prolongée ou une sobriété améliore considérablement le pronostic à long terme.
Lapparition dun ictère et dun temps de Quick inférieur à 50 %, lorsque les transaminases sont comprises entre deux et cinq fois la normale, doit faire soupçonner une hépatite alcoolique aiguë sévère.
Les malades alcooliques rencontrent plus fréquemment que les personnes abstinentes les virus de lhépatite B et de lhépatite C.
Les sujets atteints dhépatite chronique due au VHC ont une incidence accrue de cirrhose et dhépatocarcinome en cas de consommation dalcool égale ou supérieure à 100 g/j.
En cas dhépatite chronique active à VHC, le traitement par interféron semble inefficace si la consommation dalcool est égale ou supérieure à 110 g/j.
Lhépatotoxicité de certains médicaments comme le paracétamol est accrue en cas dalcoolisation chronique, accroissant le risque dhépatite aiguë médicamenteuse.
10.4.3.6. Pancréas
Lalcoolisation chronique est, en France, responsable de 80 % des pancréatites chroniques et de 50 % des pancréatiques aiguës. Les cofacteurs explicatifs nutritionnels sont mal connus.
La pancréatite chronique est cependant rare et atteint 1 à 2 % des sujets dont la consommation alcoolique est excessive.
Lalcool nest pas en cause dans le cancer du pancréas.
10.5. Nutrition artificielle
10.5.1. Définir les conditions faisant redouter une dénutrition
Une dénutrition est fréquemment observée au cours des maladies de lappareil digestif. Sa pathogénie est souvent complexe et multifactorielle, associant à des degrés divers :
restriction des apports alimentaires (dysphagie, anorexie, crainte de souffrir après les repas) ;
maldigestion (insuffisance pancréatique exocrine par pancréatite chronique calcifiante) ;
malabsorption intestinale (maladie cliaque par exemple) ;
entéropathie exsudative (due à des ulcérations intestinales et/ou un blocage lymphatique) ;
syndrome inflammatoire " déviant " lanabolisme protéique vers la synthèse des protéines de linflammation.
10.5.2. Grouper les critères cliniques et biologiques de dénutrition
Au cours des maladies digestives retentissant sur létat nutritionnel, il est indispensable davoir recours à des critères objectifs et quantitatifs pour apprécier la dénutrition. Lamaigrissement, sil ny a pas ddèmes, et linterrogatoire diététique sont les moyens les plus utiles.
Les principaux tests servant à objectiver la dénutrition sont les suivants :
mesure du pli cutané tricipital (reflet des réserves adipeuses) ;
le périmètre musculaire brachial (reflet des réserves protéiques musculaires) ;
le taux dalbumine et de préalbumine (reflet des réserves protéiques viscérales).
Aucun de ces tests na de valeur absolue à léchelle individuelle sauf par comparaison avec une mesure antérieure.
10.5.3. Connaître les limites de la diététique et les indications de lassistance nutritionnelle
Une dénutrition importante doit être prise en compte lors du traitement des maladies digestives lorsquil est impossible dassurer par la voie orale un apport alimentaire suffisant en quantité et en qualité. Il faut dans ces cas avoir recours aux techniques dassistance nutritionnelle.
10.5.4. Enoncer le principe des deux méthodes dassistance nutritionnelle
Ce sont :
lalimentation entérale par sonde digestive qui permet lapport dun mélange de nutriments standards ou spécialement adaptés. Cette méthode court-circuite lanorexie ou une sténose so-gastrique ;
la nutrition parentérale par voie veineuse périphérique ou centrale grâce à la mise en place dun cathéter dans un gros tronc veineux profond. Cette méthode court-circuite, de plus, la digestion et labsorption intestinales en apportant des nutriments simples, acides aminés, hexoses, acides gras, directement assimilables par lorganisme.
10.5.5. Principe de lalimentation entérale continue par sonde
Lalimentation entérale par sonde digestive se fait de préférence à faible débit constant. Cest une méthode relativement facile à mettre en uvre, peu coûteuse, et nexigeant pas un personnel et des moyens hautement spécialisés. Cependant elle ne supprime pas létape dabsorption intestinale dont linsuffisance (malabsorption, diarrhée, risque de sténose) peut être le facteur limitant le plus important. En cas de troubles de la conscience la méthode est contre-indiquée en raison du risque dinhalation bronchique. On peut utiliser une sonde naso-gastrique ou une gastrotomie posée par endoscopie.
10.5.6. Principe de la nutrition parentérale
Lalimentation parentérale périphérique est facilement utilisable pour une courte période (moins de 5 jours) et permet dassurer une normonutrition (2 000 kcal/j) grâce au mélange de solutions protéiques et glucidiques iso-osmolaires et démulsions lipidiques. Elle est surtout utile pour prévenir la dénutrition par exemple chez les opérés digestifs.
La nutrition parentérale utilisant la voie veineuse profonde (cathéter central situé dans la veine cave supérieure ou la veine cave inférieure) est indispensable lorsque lassistance nutritionnelle doit être prolongée ou pour des apports énergétiques élevés (3 000 kcal/j chez un adulte). Son risque principal est linfection du cathéter. La nutrition parentérale prolongée nécessite des moyens importants (personnel spécialisé) et une surveillance rigoureuse (asepsie, surveillance métabolique) qui ne peuvent être véritablement assurés que dans des unités spécialisées. Son prix de revient est élevé.