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Déficit immunitaire (115bis)
N. Schleinitz, H. Chambost, G. Kaplanski, G. Michel - Mars 2008



1. Définition

Un déficit immunitaire (DI) est une situation relativement rare au cours de laquelle le système immunitaire n’a pas un fonctionnement normal. On dit qu’un DI est primitif lorsqu’il est lié à une anomalie génétique, donc héréditaire. On le différencie ainsi des déficits immunitaires acquis comme le SIDA ou des DI secondaires à des traitements immunosuppresseurs ou cytotoxiques (chimiothérapies) qui sont de loin les plus fréquents.
Il s’agit de pathologies touchant en priorité le nourrisson et l’enfant, même si certains de ces déficits peuvent être diagnostiqués chez l’adulte jeune. Bien que rares, voire exceptionnelles, ces maladies ont beaucoup apporté à la connaissance du fonctionnement du système immunitaire.
La principale conséquence d’un déficit immunitaire sera bien sûr la survenue d’infections anormalement fréquentes ou sévères ou encore liées à des pathogènes particuliers dits opportunistes. La localisation de l’infection et les microorganismes en cause sont variables selon le type de déficit immunitaire et peuvent dans certains cas orienter le clinicien vers le type de DI.
On distingue en effet, des déficits de l’immunité cellulaire, portant sur les lymphocytes T et/ou Natural Killer (NK) et des déficits de l’immunité humorale liés à un défaut de production d’immunoglobulines (anticorps). Enfin certains déficits immunitaires sont liés à des anomalies touchant la fonction des polynucléaires neutrophiles et/ou des macrophages ou encore à un déficit en protéines du complément.


2. Quand suspecter un déficit immunitaire ?


2.1. Chez l’enfant

Les déficits immunitaires sont responsables d’une susceptibilité anormale à 3 types d’affections : les infections, les maladies auto-immunes et les cancers. En pratique, il est rare que le mode de révélation soit une maladie auto-immune ou un cancer. Le plus souvent, l’attention du clinicien va être attirée par une susceptibilité anormale aux infections. Cette susceptibilité peut schématiquement se manifester de deux manières. Dans le premier cas, il s’agit d’une infection due à un micro-organisme qui n’est habituellement pas pathogène chez l’homme immunocompétent. On dit qu’il s’agit d’un germe « opportuniste ». Le prototype est la pneumopathie à pneumocystis jiroveci (longtemps appelé pneumocystis carinii), qui ne survient qu’en cas de DI sous-jacent. D’autres germes dits opportunistes ont cependant un pouvoir pathogène réel chez l’hôte immunocompétent mais ce pouvoir est faible et sans aucune mesure avec la sévérité des manifestations observées chez l’immunodéprimé. Par exemple, la toxoplasmose est peu ou pas symptomatique chez le sujet sain tandis qu’elle entraîne des encéphalites très sévères au cours des déficits immunitaires. Ces germes dits « opportunistes » sont observés en cas de déficit de l’immunité T. Dans d’autres cas, les germes en cause sont des pathogènes « habituels », c’est alors la répétition des épisodes infectieux ou la gravité inattendue de l’infection qui font suspecter un DI. Ce type de susceptibilité est observé au cours des déficits de l’immunité humorale. Plusieurs auteurs ont tenté d’établir des listes de signes d’alarme.

A titre indicatif, voici une liste établie par des experts français :
  • 1.Infections récurrentes des voies aériennes hautes ou basses :
  • 8 otites/an chez les moins de 4 ans
  • 4 otites/an chez les plus de 4 ans
  • 2 pneumonies/an ou plus de 2 sinusites/an
  • 2.Infections sévères à des germes de type pneumocoque, haemophilus, neisseria : un seul épisode de méningite ou de sepsis justifie une exploration
  • 3.Infections récurrentes à bactéries pyogènes
  • 4.Infections récurrentes avec le même type de pathogène
  • 5.Infection inhabituelles et ou d’évolution inhabituelle
  • 6.Une cassure de la courbe pondérale ou une diarrhée persistante
  • 7.Antécédants familiaux de déficits immunitaires héréditaires ou de signes cliniques similaires.


  • 2.2. Chez l’adulte

    Chez l’adulte également, un DI peut être compliqué d’infections, de maladies auto-immunes ou de cancers, mais la survenue d’infections est souvent révélatrice. Plusieurs signes d’alerte doivent être pris en compte. Ils sont résumés par les recommandations internationales du Karolinska Institute :
    Signes d’alerte chez l’Adulte (Karolinska Institute)
  • 1.≥ 4 infections justifiant des AB / an
  • 2. Infection peu sensible aux AB ou récidivante
  • 3.≥ 2 infections bactériennes sévères (osteomyélite, méningite, septicémie, cellulite)
  • 4.≥ 2 pneumopathies « radiologiques » / 3 ans
  • 5.Infection à localisation ou germe inhabituel
  • 6. Déficit Immunitaire Primitif ou héréditaire dans la famille.


  • 3. Particularités des différents types de déficits immunitaires primitifs 


    3.1. Description de quelques maladies modèles

    Parmi es DI primitifs d’origine lymphocytaire, on distingue schématiquement des déficits de l’immunité humorale c’est à dire associés à un défaut de la production d’anticorps par les lymphocytes B et des déficits de l’immunité cellulaire, liés à une déficience (quantitative ou qualitative) des lymphocytes T.
    En cas de dysfonctionnement associant ces 2 versants de l’immunité, on parle de déficit immunitaire combiné (DIC). C’est dans cette catégorie que l’on décrit les déficits immunitaires les plus graves (déficits immunitaires combinés sévères ou DICS). En effet dans ces maladies, l’absence de lymphocytes T ou leur dysfonctionnement majeur, s’accompagne toujours d’une absence de production d’anticorps, car les lymphocytes B qu’ils soient présents ou non ne bénéficient pas de la coopération cellulaire nécessaire à la réponse humorale.
    A côté des déficits immunitaires d’origine lymphocytaire, il existe un autre groupe de déficits immunitaires primitifs caractérisés par une altération de la fonction phagocytaire. Ces pathologies sont liées soit à des déficits quantitatifs des effecteurs de la phagocytose (neutropénies congénitales), soit à des anomalies fonctionnelles de ces cellules.
    Nous aborderons ici ces différents type de DI de façon non exhaustive, en donnant pour chaque type, les caractéristiques cliniques, microbiologiques, immunologiques qui en permettent le diagnostic.


    3.2. Les déficits de l’immunité humorale

    Ce sont les déficits immunitaires primitifs les plus fréquents, mais il s’agit d’un groupe de maladies hétérogène à la fois en ce qui concerne leur fréquence, leur gravité et leur pronostic. On estime le nombre de patients atteints en France à environ 5000, mais il existe probablement une sous-estimation relative, liée aux formes peu symptomatiques dans l’enfance qui sont associées à un diagnostic tardif voire une absence de diagnostic.
    Dans ces affections le défaut de production d’anticorps peut être consécutif soit à une anomalie de développement des lymphocytes B, soit à des anomalies fonctionnelles des lymphocytes B par absence de signaux activateurs provenant des lymphocytes T (coopération cellulaire). On parle d’agammaglobulinémie en l’absence totale de synthèse d’anticorps alors qu’il existe aussi des hypogammaglobulinémies, déficits partiels plus ou moins profonds qui peuvent affecter globalement la production de tous les anticorps ou être sélectif sur tel ou tel type d’anticorps (isotype).
    Les infections rencontrées dans ces maladies sont volontiers respiratoires (bronchites, pneumonies), ORL (otites, sinusites) et digestives. Elles sont principalement dues à des germes à développement extracellulaire, essentiellement bactéries pyogènes encapsulées (streptocoque, staphylocoque, pneumocoque, haemophilus) et à certains parasites intestinaux (Giardia intestinalis). Les conséquences des infections répétées en l’absence de prise en charge thérapeutique adaptée sont respiratoires (dilatations de bronches, insuffisance respiratoire) et nutritionnelles (malabsorption / diarrhée chronique).


    3.2.1. Exemples typiques de déficits de l’immunité humorale


    3.2.1.1. Agammaglobulinémie liée à l’X (Maladie de Bruton)

    Il s’agit d’une maladie grave et rare (incidence d’environ 1/200 000 naissances). Elle constitue le modèle de déficit exclusif et total de l’immunité humorale. L’absence de production d'immunoglobulines dans cette maladie est liée à un blocage précoce de la maturation des lymphocytes B qui conduit à une lymphopénie B extrême, voire une alymphocytose B avec absence de plasmocytes dans les ganglions et la moelle osseuse. Cette maladie est provoquée par une mutation du gène codant pour la tyrosine kinase Btk. La localisation de ce gène sur le chromosome X explique la transmission héréditaire sur le mode récessif lié à l'X et l’atteinte exclusive des garçons. En dehors des classiques infections bactériennes qui apparaissent souvent précocement, dès la première année de vie, l'agammaglobulinémie liée à l'X prédispose aussi au risque d'infections chroniques par les entérovirus. Cette maladie nécessite la mise en place précoce d’un traitement substitutif intensif par perfusions régulières d’immunoglobulines polyvalentes, au long cours.


    3.2.1.2. Déficit en IgA

    Il s’agit du plus fréquent des déficits immunitaires primitifs (1/700 individus dans la population caucasienne). C’est un exemple de déficit humoral sélectif qui porte sur un seul type d’immunoglobuline. Les mécanismes et le déterminisme génétique ne sont pas élucidés mais on observe un trouble de la maturation des plasmocytes producteurs d’IgA. Les conséquences de l'absence partielle ou totale des IgA sont très variables. Les patients porteurs de ce déficit immunitaire sont le plus souvent asymptomatiques. Cependant, du fait du rôle important de ces immunoglobulines dans la protection des muqueuses contre les infections, on observe chez certains patients la survenue d’infections récurrentes en particulier ORL, respiratoires ou digestives. L'incidence des manifestations d’auto-immunité et d’allergie est augmentée. Il existe un risque de réactions anaphylactiques sévères lors de l’exposition aux produits sanguins, tout particulièrement dans les formes de déficit total en IgA.


    3.2.1.3. Déficits immunitaires communs variables (DICV)

    Il s’agit de déficits immunitaires de fréquence intermédiaire (1/20000 à 50000), diagnostiqués à un âge variable, souvent à partir de la seconde décennie, parfois à l’âge adulte. Les mécanismes sont très mal compris, cependant les modalités de transmission génétique variables et le caractère relativement hétérogène de ces affections peuvent faire penser qu’il existe plusieurs entités sous ce diagnostic. On regroupe sous l’appellation de DICV des déficits humoraux avec diminution de la production des IgG dont la sévérité est variable d’un patient à l’autre et peut être variable dans le temps chez un même patient. L’hypogammaglobulinémie touche parfois aussi les IgA et les IgM. Les lymphocytes B sont présents et dans environ la moitié des cas on observe des anomalies des fonctions T auxiliaires souvent mineures, mais qui ont tendance à s’aggraver avec l’âge.
    Les manifestations cliniques variables sont marquées à plus ou moins long terme par des infections chroniques ou récurrentes, notamment sinusiennes et bronchopulmonaires, et des manifestations auto-immunes. L’atteinte digestive est fréquente souvent liée à des infections (giardia intestinalis). On rapporte aussi des risques de maladies granulomateusesses et de cancers (lymphomes, cancers gastriques). La prévention des infections et de leurs complications passe par un diagnostic précoce et la mise en place d’un traitement substitutif au long cours par perfusions régulières d’immunoglobulines polyvalentes.

    Il existe d’autres déficits de l’immunité humorale qui ne seront pas détaillés, dont les suivants, simplement cités à titre indicatif :
  • Hypogammaglobulinémie transitoire du nourrisson : il ne s’agit pas véritablement d’un déficit immunitaire mais d’un retard à la production d’IgG, qu’il faut différencier d’un déficit humoral. Cette distinction peut être difficile au cours de la première année de vie, mais en cas d’hypogammaglobulinémie transitoire, les réponses anticorps à la vaccination sont normales.
  • Déficits en sous-classes d’IgG.
  • Syndrome de Purtilo : déficit sélectif de l’immunité anti-EBV.


  • 3.3. Les déficits de l’immunité cellulaire

    Ils représentent seulement 20% des déficits immunitaires primitifs, mais ils sont le plus souvent très graves. En effet, le rôle central qu’occupent les lymphocytes T dans la réponse immune explique que leurs dysfonctionnements retentissent habituellement sur la fonction des autres effecteurs de la réponse immune, normalement activés par les lymphocytes T, qu’il s’agisse des lymphocytes B ou des cellules phagocytaires.
    On distingue des déficits immunitaires combinés sévères (DICS) caractérisés par une quasi absence de lymphocytes T et des déficits immunitaires combinés (DIC) dans lesquels le taux de lymphocytes T est normal ou peu diminué, mais où les fonctions des lymphocytes T sont toujours très anormales. Les modifications des compartiments lymphocytaires B et NK sont variables selon le type de déficit immunitaire.
    Les infections observées dans les déficits immunitaires cellulaires sont tout à fait particulières. Elles sont précoces et elles concernent tout spécialement les micro-organismes à développement intracellulaire du fait de l’altération de 3 fonctions normalement assurées par les lymphocytes T et essentielles à la défense contre ces germes, à savoir : la cytotoxicité HLA restreinte, la production de cytokines et l’activité auxiliaire (helper). Ceci explique en plus des infections récurrentes à pyogènes telles que décrites dans les déficits de l’immunité humorale, la grande fréquence des infections à germes dit opportunistes :
  • virus du groupe Herpès
  • bactéries parasites des macrophages telles que mycobactéries, listeria, légionelle, …
  • parasites tels que toxoplasme, pneumocystis, cryptosporidie, …
  • infections fungiques.

  • Du fait de la répétition des infections et/ou du syndrome de malabsorption qui accompagne la diarrhée chronique, les déficits de l’immunité cellulaire sont également souvent responsables d’un retard staturo-pondéral.


    3.3.1. DICS (SCID)

    Ces déficits immunitaires, les plus graves, sont très rares avec une incidence estimée à 1 cas/100.000 naissances. La rareté des mutations en rapport avec ces affections explique que l’on retrouve très souvent une consanguinité chez les parents dans les formes de transmission autosomique récessive. Les infections, souvent d’emblée très sévères, surviennent dès les trois premiers mois de vie et elles mettent en jeu le pronostic vital. Ils peut s’agir de diarrhées profuses, de pneumopathies interstitielles hypoxémiantes, d’infections broncho-pulmonaires plus banales mais sévères et récidivantes… Les germes en cause sont des bactéries gram négatives, des virus (CMV, adenovirus, herpes, …), le pneumocystis jiroveci (ex carinii) ou le candida. Il existe une lymphopénie périphérique très sévère, une absence d’ombre thymique radiologique et souvent la présence de lymphocytes T maternels circulants dans le sang du nourrisson. Ces lymphocytes provoquent parfois une réaction allogénique, de type maladie du greffon contre l’hôte, responsable de manifestations cliniques sévères qui peuvent mettre en jeu le pronostic vital. Enfin, ces enfants sont à très haut risque de BCGite en cas de vaccination anti-tuberculeuse qui de ce fait est formellement contre indiquée).
    La survie prolongée de ces enfants nécessite la réalisation d’une greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques, ou plus récemment dans des cas très spécifiques, un recours à la thérapie génique. Dans l’attente d’un traitement curatif, qui représente une urgence, des mesures strictes d’isolement et une prophylaxie médicamenteuse large des infections opportunistes sont indispensables. Toute vaccination à germe vivant est formellement contre-indiquée chez ces enfants.


    3.3.1.1. Exemple typique :


    3.3.1.1.1. Le DICS lié à l’X,

    Cette maladie représente environ la moitié des DICS. Elle concerne uniquement les garçons du fait de sa transmission récessive liée à l’X. Il s’agit d’un déficit immunitaire combiné sévère avec absence de thymus, de lymphocytes T et NK alors que les lymphocytes B sont présents mais non fonctionnels (DICS T-/B+). C’est dans cette affection qu’un essai clinique de thérapie génique a pu aboutir pour la première fois à la guérison de patients atteints de déficit immunitaire primitif.


    3.3.1.1.2. Autres DICS à titre indicatif :

  • déficit en chaîne alpha du récepteur de l’IL-7
  • déficit en JAK-3
  • déficit en adénine déaminase (ADA)
  • alymphocytose.


  • 3.3.2. DIC

    Chez ces patients, des lymphocytes T sont présents dans la circulation, en nombre soit normal soit diminué, mais leurs fonctions sont toujours anormales. L’étude des fonctions lymphocytaires in vitro est donc une étape importante du diagnostic. Ces déficits fonctionnels sont nombreux et les mécanismes sont très hétérogènes, mais le phénotype clinique des malades est proche. Il n’y a en général pas d’infection létale dans les premiers mois de vie, mais les infections sont anormalement fréquentes dès l’enfance. Les infections sévères (broncho-pneumopathies, diarrhées profuses, méningo-encéphalites virales) apparaissent progressivement et leur répétition conduit fréquemment au retard staturo-pondéral et aux dilatations de bronches. Ces déficits immunitaires s’accompagnent aussi de phénomènes auto-immuns (anémie hémolytique, thrombopénie ou neutropénie, vascularite), allergiques (eczéma, asthme) et d’une prédisposition aux cancers (lymphomes).

    On cite à titre indicatif  parmi les DIC :
  • déficit d’expression du CD3
  • déficit en ZAP-70
  • déficit en HLA de classe II
  • déficit en ligand de CD40 (syndrome d’hyper IgM lié à l’X).


  • 3.4. Déficits lymphocytaires complexes et non classés

    Il s’agit de déficits immunitaires associés à d’autres anomalies phénotypiques entrant dans le cadre de tableaux syndromiques, pour lesquels 3 exemples sont cités :


    3.4.1. Syndrome de Wiskott-Aldrich

    Il s’agit d’une affection très rare (1/200 000 naissances), de transmission récessive liée au chromosome X, due à des mutations du gène codant pour la protéine WASP. Les manifestations cliniques associent un eczéma, des infections récurrentes et inhabituelles et une thrombopénie/thrombopathie avec microplaquettes, responsable d’un syndrome hémorragique souvent marqué dès la petite enfance. Le tableau biologique comporte une hypogammaglobulinémie, une lymphopénie T progressive. Il existe aussi des manifestations auto-immunes telles que vascularites et glomérulonéphrites. Le pronostic est souvent défavorable du fait de la survenue de lymphomes malins.


    3.4.2. Ataxie-télangiectasie

    Il s’agit d’une maladie autosomique récessive rare (prévalence moyenne d'environ 1/100 000 enfants), caractérisée par des télangiectasie fines visibles sur la sclère et les oreilles, une ataxie cérébelleuse d’aggravation progressive, et un déficit immunitaire mixte, portant surtout sur l’immunité humorale avec lymphopénie, défaut fonctionnel T et déficit humoral partiel. L’évolution est souvent péjorative avec l’apparition de lymphomes. Cette maladie est due à des mutations sur le gène codant pour la protéine ATM qui maintient l’intégrité des télomères, ce qui entraîne des défaut de réparation de l’ADN, une sensibilité particulière aux radiations ionisantes et des anomalies marquées du fonctionnement des lymphocytes T, B et des fibroblastes.


    3.4.3. Syndrome de Di-George

    Il est du à une anomalie de l’embryogenèse et une atteinte des 3e et 4e arcs branchiaux entre la 4e et la 6e semaine de gestation (translocation 22q11). Le syndrome est cliniquement caractérisé par des dysmorphies faciales, des anomalies de formation des gros vaisseaux médiastinaux, une hypoparathyroïdie, une absence de thymus. Il existe un déficit des lymphocytes T quantitatif et qualitatif isolé, mais dans les formes les plus fréquentes le déficit immunitaire est peu marqué.


    3.5. Déficits immunitaires liés a des anomalies de la phagocytose

    La phagocytose est un processus de défense essentiel vis à vis de certains germes. Il s’agit d’une composante de la réponse immunitaires dite innée. Les cellules responsables de la phagocytose des micro-organismes sont les polynucléaires et les macrophages. Des anomalies quantitatives et/ou qualitatives de ces compartiments cellulaires peuvent être responsables de déficits immunitaires primitifs. Ces pathologies sont associées à des infections bactériennes et/ou mycotiques à répétition.


    3.5.1. Exemples typiques de déficits immunitaires primitifs par anomalie de la phagocytose


    3.5.1.1. Neutropénie congénitale sévère ou  Syndrome de Kostmann

    Cette maladie est rare (incidence annuelle d'environ 1 cas sur 250 000 naissances). Plusieurs gènes sont impliqués avec selon les cas, des modalités de transmission différentes. Elle est caractérisées par une neutropénie profonde (<200/mm3) en rapport avec un blocage de maturation de la lignée granulocytaire au niveau médullaire, associée à une monocytose sanguine, sans déficit lymphocytaire associé. Les infections peuvent être très sévères voire létales. Les manifestations les plus fréquentes sont cutanéo-muqueuses, ORL et pulmonaires. Il existe le plus souvent des manifestations stomatologiques (quasi constantes après l'âge de deux ans) marquées par une gingivite érosive, hémorragique et douloureuse, associée à des papules de la langue et des faces muqueuses. Une évolution vers une leucémie aiguë ou une myélodysplasie affecte environ 15% des patients.
    La prévention des infections repose d'abord sur une antibiothérapie prophylactique. Si celle-ci est inefficace, les facteurs de croissance hématopoïétiques, le G-CSF en particulier, peuvent être indiqués pour corriger à la fois la neutropénie et la susceptibilité aux infections. Il existe des indications de greffe de cellule souches hématopoïétiques dans les formes graves.


    3.5.1.2. Granulomatose septique familiale ou granulomatose septique chronique

    Ce déficit qualitatif des cellules phagocytaires est extrêmement rare, avec une incidence estimée à
    1 / 500 000. Il existe quatre formes génétiques différentes et de ce fait, le mode de transmission peut-être soit de type récessif liée à l'X, soit autosomique récessif. La granulomatose est liée à un défaut de destruction des bactéries et des champignons phagocytés par les polynucléaires neutrophiles et les macrophages, dont les propriétés oxydatives sont altérées. Les phagocytes ne peuvent produire les radicaux oxygénés chargés de détruire les germes du fait d’une mutation qui affecte la synthèse de l’une des quatre protéines impliquées dans la chaîne du transport des électrons vers l’oxygène. La maladie se manifeste par la répétition d’infections bactériennes et fongiques graves, qui entraînent la formation d’abcès et de granulomes au niveau des organes lymphoïdes, des poumons et du foie.
    Le traitement consiste essentiellement en une prévention des infections par des antibiotiques et des antifongiques. Dans certaines situations, une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques peut être indiquée.


    4. Diagnostic biologique des déficits immunitaires héréditaires

    L’observation de signes cliniques « d’alerte » d’un déficit immunitaire héréditaire doit faire entreprendre des explorations pour confirmer le diagnostique.
    Le diagnostique biologique comporte plusieurs étapes. Les premiers examens à réaliser sont des examens biologiques simples. A partir de cette première évaluation et de la présentation clinique (type d’infection, âge de début…) des examens de deuxième intention seront demandés. La dernière étape du diagnostique comporte la réalisation de tests fonctionnels ou génétiques qui sont souvent réalisés dans des laboratoires de référence et ne sont pas détaillés dans ce cours.
    Il faut toujours garder en mémoire que l’interprétation des résultats (comme par exemple les taux d’anticorps ou de leucocytes) doit se faire en fonction des valeurs normales pour l’âge car il existe de grandes variations.

    Les premières explorations comportent une évaluation quantitative des différents types de leucocytes :


    4.1. Numération et formule sanguine

    Recherche une neutropénie et/ou une lymphopénie globale


    4.2. Typage lymphocytaire B, T et NK

    Réalisé en cytométrie de flux sur le sang total. Cet examen permet de quantifier dans le sang en % et en valeur absolue les différentes sous-populations lymphocytaires :
  • Les lymphocytes T ou CD3+
  • Les lymphocytes T CD4+ ou CD3+CD4+
  • Les lymphocytes T CD8+ ou CD3+CD8+
  • Les lymphocytes B ou CD19+ / CD20+
  • Les lymphocytes NK ou CD3-CD16+CD56+
  • Dans certaines situations l‘étude des lymphocytes par cytométrie de flux permet de caractériser d’autres sous populations lymphocytaires au sein du compartiment lymphocytaire T et B comme par exemple les lymphocytes B mémoires dans le déficit immunitaires commun variable.


    4.3. Evaluation de la production d’anticorps

    Cette évaluation fait appel à des tests biochimiques :


    4.3.1. Electrophorèse des protéines sériques

    (évaluation de la zone des gammaglobulines ou migrent la majorité des immunoglobulines) à la recherche d’une hypogammaglobulinémie.


    4.3.2. Dosage pondéral des immunoglobines

    Cet examen permet de quantifier les anticorps les plus présents dans le sérum: IgG , IgA et IgM, exprimés en g/L. On peut également dans certaines situations doser les IgE et IgD qui sont présentes dans le sérum à des taux très faibles.


    4.3.3. Dosage des sous classes d’immunoglobulines G

    Il permet d’évaluer quantitativement les taux des 4 sous classe d’IgG : IgG1, IgG2, IgG3 et IgG4.


    4.4. Evaluation du complément

    Dosage du complément hémolytique CH50 qui permet une évaluation globale du complément. Puis dosage, en cas d’anomalie du CH50, des fractions du complément : C2, C3, C4, C1q, C1r et fractions terminales du complément (C5,6,7,8 et 9).
    Dans un deuxième temps on aura recours à des tests fonctionnels ou qualitatifs :


    4.5. Test de prolifération lymphocytaire T

    Ces tests permettent une étude fonctionnelle des lymphocytes T. Cette fonction peut être évaluée in vitro par le test de transformation lymphoblastique. Dans ce test on mesure la capacité des lymphocytes T à proliférer en présence de deux types de stimulants :


    4.5.1. Les mitogènes 

    le plus couramment utilisé est (phytohemaglutinnine). Ce test d’une grande importance pour évaluer la fonction lymphocytaire T étudie la capacité de réponse non spécifique des lymphocytes T.


    4.5.2. Les antigènes 

    on stimule les lymphocytes T avec des antigènes bactériens ou fungiques connus et on évalue par la prolifération leur réponse spécifique.


    4.6. Test fonctionnels lymphocytaires B

    On ne teste pas en routine la fonction des lymphocytes B mais on peut évaluer de
    façon indirecte la « qualité des anticorps produits ».
  • Etude des sérologies post vaccinales ou post infectieuses (présence d’anticorps induits par des vaccinations ou infections antérieures).
  • Recherche des allo ou iso hemagglutinnines erythrocytaires (ex : présence d’anticorps anti-A chez les patients de groupe O et B).


  • 4.7. Test fonctionnels évaluant les polynucléaires neutrophiles

    Les fonctions des polynucléaires neutrophiles dépendent de leur mouvement, de leur adhésion, de la destruction après endocytose des particules ingérées.
  • Etude du mouvement et de l’adhésion par le chimiotactisme spontané et la présence de substances chimio-attractantes.
  • L’étude des fonctions phagocytaires évalue principalement la capacité de réduction de ces cellules grâce à la production d’ions super oxyde (O2-). Le test de réduction au nitrobleu de tetrazolium permet de détecter cette réduction en microscopie optique (chez les patients atteints de granulomatose septique familiale le NBT n’est pas réduit). L’analyse du potentiel de réduction peut également faire appel à d’autres techniques.


  • 5. Démarche diagnostique générale

    La démarche diagnostique est résumée à titre indicatif et de façon non exhaustive dans le tableau 1 suivant :





    6. Prise en charge des déficits immunitaires héréditaires

    La prise en charge est bien évidemment très variable en fonction du type de déficit et du risque associé.
    On distingue le traitement des complications infectieuses :
  • il peut nécessiter dans certains cas l’isolement
  • une information du patient et des familles
  • une contre indication éventuelle des vaccins vivants
  • une antibioprohylaxie dans certains cas
  • la prise en charge rapide et adaptée de tout évènement infectieux.

  • Le traitement du déficit immunitaire.
    Selon le type de déficit :
  • allogreffe de moelle osseuse (SCID)
  • thérapie génique (SCID).
  • Enfin dans les déficits humoraux isolés ou combinés, le traitement repose sur la substitution par immunoglobulines polyvalentes humaines administrées régulièrement par voie intraveineuse ou par voie sous-cutanée.


    Référence :
  • Déficits immunitaires. Monographie. du Praticien 2007, tome 57 numéro 15.


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